Canicules, sécheresses, incendies, inondations, grêle, recul du trait de côte, retrait-gonflement… si ces manifestations du changement climatique bouleversent déjà nos vies et peuvent amener aujourd’hui à une forme de sidération devant leurs impacts, c’est sans doute parce qu’elles ne sont plus de simples aléas exceptionnels, mais touchent notre pays de façon récurrente. C’est aussi le révélateur que nous ne sommes malheureusement qu’aux débuts d’une prise de conscience collective concernant l’ampleur des conséquences du réchauffement global et du fait qu’il n’y aura pas de retour à une forme de « normalité » climatique, au regard de sa non-réversibilité à l’échelle de temps humaine.
Depuis le premier rapport d’évaluation du GIEC en 1990, les connaissances scientifiques accumulées ont pourtant confirmé, avec toujours plus de certitudes, que la vulnérabilité de nos sociétés sera d’autant plus grande que si nous retardions la sortie des énergies fossiles et la baisse globale des émissions de gaz à effet de serre. Que chaque dixième de degré supplémentaire augmentera les risques pour les populations, les infrastructures, la biodiversité et les grands équilibres économiques. Que nos conditions de vie seront d’autant plus difficiles que nous n’engageons pas au plus tôt les grandes transformations nécessaires à notre adaptation. Que ce véritable contre la montre climatique impose un changement d’échelle dans nos politiques publiques et au niveau de leur financement.
Mais à quoi avons-nous assisté ces dernières années ?
A une course de lenteur. A une forme de délégation aux suivants. Au refus de placer l’ambition de nos politiques climatiques aux bonnes échelles.
Au plan national, depuis sa création en 2018, l’expertise du Haut Conseil pour le Climat revient, année après année, dans ces rapports sur ce même constat : la France n'investit ni assez, ni assez vite, pour réduire ses émissions et préparer le pays aux conséquences désormais inévitables du dérèglement climatique. Nous savons pourtant ce qu'il faut faire. Nous savons aussi que chaque année perdue rendra la transition plus difficile et plus coûteuse.
Dès 2006, le rapport de Nicholas Stern, ancien économiste en chef de la Banque mondiale, démontrait que le coût de l'inaction dépasserait très largement celui de l'action. Plus récemment, le rapport Pisani-Ferry - Mahfouz est venu confirmer qu'atteindre nos objectifs climatiques suppose un effort inédit d'investissements publics et privés, de plusieurs dizaines de milliards d'euros supplémentaires chaque année. Autrement dit, il ne manque ni les alertes scientifiques, ni les démonstrations économiques (le plus souvent issues d'ailleurs des analyses d'économistes orthodoxes !).
Cette inaction ne résulte donc pas d’une erreur de diagnostic. Ce qui pose problème : ce sont bien les choix et la volonté politiques.
Pourquoi ?
Parce que la transition climatique se heurte frontalement au logiciel néolibéral et aux logiques d’accumulation capitaliste de court terme. Ainsi désormais, le déni consiste bien moins à nier la réalité du changement climatique, qu’à refuser d'en tirer toutes les implications politiques, et en particulier le niveau et l’échelle de temps nécessaires aux grandes transformations socio-économiques que la nouvelle donne climatique implique. On reconnaît l'urgence, mais on refuse de remettre en cause les blocages idéologiques qui retardent l’action, comme celui de la réduction permanente de la dépense publique, la mise en concurrence généralisée et la croyance dans le seul marché et ses signaux-prix. Nous le voyons pourtant dans tous de très nombreux secteurs, à commencer par l’énergie, les vieilles recettes libérales ne suffiront pas à transformer l'économie et à aligner dans un laps de temps très limité la société sur les exigences que nous impose la nouvelle contrainte climatique.
Ainsi, la droite minimise systématiquement l'ampleur des investissements publics nécessaires, des nouvelles recettes indispensables, et le lien indissociable entre transformation écologique et justice sociale ; l’extrême-droite ajoute le rejet des politiques climatiques elles-mêmes, en opposant systématiquement la construction médiatique d’une écologie dite « punitive » avec le sens commun de « réalités de terrain » fantasmées.
Quand leurs positions ne relèvent pas de la pure imposture après des années passées aux responsabilités, toutes deux refusent de regarder les évidences : le temps disponible et le changement d’échelle des transformations sociales les plus profondes, que ce soit nos modes de production, de consommation ou l'aménagement du territoire. Elles impliquent notamment de replacer les services publics, l’éducation et la recherche, l'énergie et les collectivités, au cœur d'une stratégie globale et d’une planification nationale comme européenne cohérente et de long terme.
Cette transformation appelle également un changement de cap en matière de politique internationale. La compétition généralisée, le libre-échange et la mise en concurrence des travailleurs ont accéléré non seulement les délocalisations et notre perte de souveraineté sur un grand nombre de filières industrielles, mais aussi fait exploser les émissions de gaz à effet de serre importées et notre empreinte carbone. Si il y a bien un défi qui implique de renverser les logiques de compétition et de domination capitalistes à l’œuvre au plan mondial, c’est le défi climatique. La coopération entre les peuples, le partage des technologies, de financements internationaux et la solidarité sont indissociables de l’atteinte des objectifs communs que la communauté internationale s’est fixée. Le climat impose plus que jamais de construire du commun.
La question n'est donc plus de savoir s'il faut investir et transformer nos sociétés, mais comment et pour quel projet de société ! La transition climatique ne peut être un simple ajustement du capitalisme financiarisé ; elle appelle une véritable planification écologique et démocratique, mobilisant l'investissement public et de nouvelles recettes assises sur la justice fiscale, orientant la création monétaire, le crédit et les outils de la finance vers les productions et services les plus utiles, reconstruisant notre appareil productif en garantissant de nouveaux droits d’intervention et d’orientation des premiers concernés que sont les salariés et travailleurs indépendants, assumant la définition de nouveaux droits et de nouvelles protections sociales, comme le droit à une alimentation de qualité, à l'énergie, au logement, à la mobilité.
C'est précisément l'ambition du travail engagé ces dernières années par le Parti communiste français en particulier avec son plan Climat « Empreinte 2050 », qui propose une trajectoire cohérente de transformation à l'échelle nationale, intégrant non seulement les émissions de GES nationales mais aussi les émissions importées, avec les implications en matière de consommation et de production énergétiques qu’une telle trajectoire de décarbonation à l’horizon 2050 nécessite.
La volonté politique suppose d'engager enfin les transformations que la science, l'économie et l'intérêt général nous commandent depuis 30 ans. Chaque année perdue aggrave la facture. Chaque renoncement affaiblira un peu plus la capacité des générations à venir à s’adapter au monde qui vient.

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